Lettre à ma mère pour ses quatre-vingt ans

Chère maman,

On n’a pas tous les jours 20 ans, imagine quand on multiplie par quatre?

Quand je pense à toi, je t’imagine dans ta jeunesse en train de danser le two step dans les bras de jeunes admirateurs, la samba et le cha-cha avec ta jeune sœur Denise admirant ton savoir, folle de désir de surpasser ta souplesse et ton sens du rythme.

Encore aujourd’hui, à ma demande, tu réussis à faire quelques pas de gigue dans la cuisine et rigoler avec fierté de ta capacité à pouvoir, encore, sautiller comme à tes 20 ans. « Tu vois comme je peux encore danser?»

Mother/Mère
Mother/Mère

Je me rappelle les histoires que tu me racontais de ton enfance et de ton adolescence; les coups pendables que tu organisais avec tes frères pour taquiner ta sœur Pauline ou encore pour te sauver de la surveillance parentale afin d’aller patiner sur le ring de glace et avoir le plaisir du vent glacial rougir tes joues adolescentes. Tes récits ont construit mon imaginaire et m’ont incité à développer ma créativité.

Malgré les défis que la vie t’a fait rencontrer, souvent seule, tu as su élever tes six enfants au meilleur de ta capacité, dans la dignité et l’espoir de jours meilleurs. Au diable les ragots des voisins; leurs mauvaises langues de vipères ne valaient rien en comparaison à l’amour que tu avais et a encore pour ta descendance. À la sueur de ton front, tu as travaillé tard dans la nuit pour assurer une vie décente à tes proches. Ton mariage malheureux ne t’a pas empêché de chercher le bonheur lorsqu’il était possible et de le trouver à ta façon.

Épouse, femme, mère, collègue de travail et amie, tu as toujours su trouver le souffle nécessaire pour guider ceux sur ton chemin qui cherchaient tes conseils. Pionnière à bien des égards pour le rôle des femmes dans la petite communauté où tu as évolué, que ce soit pour le travail hors foyer, la prise de parole pour défendre tes droits et ceux des plus infortunés, l’affrontement des commérages face au divorce, tu as courageusement poursuivi ta route, la tête haute. Tu es une femme brave et un modèle de courage, de dévotion.

Pour moi, je sais que tes bras ont bercé mes nuits insomniaques et fiévreuses, cajolé mon corps et l’ont protégé contre le froid;

Que ta voix a rassuré mes peurs et éloigné mes larmes en me chantant les vieilles mélodies d’antan;

Que tes gestes m’ont enseigné une ligne droite et une ligne courbe; celle pour avancer et celle pour me défendre;

Que ton humour a teinté mes journées sombres; tes paroles ont su tissé le meilleur de ma personne et m’aider à regarder devant.

Aujourd’hui ta mémoire vacille dans le néant; quelques bribes de ta vie demeurent encore intact : tu te souviens de nos noms, celui de tes six enfants, et c’est ce qui compte. Moi je me souviens pour toi de ta vie bien accomplie, de ta créativité, de ta bravoure et de ta force de caractère. Lors de l’une de nos récentes conversations où je te rappelais l’approche de ton anniversaire et des quatre-vingt années que tu allais atteindre, tu étais enchantée d’avoir cet âge. Je t’ai alors demandé jusqu’à quel âge tu avais l’intention de vivre.

« Moi, je vivrai au moins jusqu’à 100 ans! »

Bonne fête maman, que tes 80 ans soient lumineux!

Ta fille qui t’aime

Bazooka

Partie I

Ce soir, en promenant mes chiens le long de l’avenue Bathgate, juste devant le parc Summerhill, j’ai eu un souvenir olfactif ; une odeur d’enfance de sapins baumiers, de bois mouillé, de terre dans les souliers et de bubble gum Bazooka saveur cerise, saveur raisin – des parfums imprégnés dans mon ADN; ça m’a rappelé l’été de mes 10 ans.

De fil en aiguille, d’autres images sont apparues, nettes, fraiches, comme l’odeur du printemps des champs ensemencés et fertilisés au purin de porc, de l’été qui sent bon l’herbe fraichement coupée, le repos et la rivière de mon enfance que l’on appelait la rivière du Pont rouge. Pour arriver à cette rivière, il me fallait descendre la grande côte qui pointait vers le rang Sainte-Anne, berceau de mes premiers cris à la vie. Dès les vacances scolaires arrivées, je descendais cette côte pieds nus, seule ou accompagnée de quelque autre gamin et gamine du village. Je voulais nager comme les grands, je voulais être grande et voyager, me libérer de mon insouciance.Quelques semaines plus tard, les crevasses ne tardaient pas à blesser mes talons, brûlant ma peau douce de petite fille dont les pieds sont desséchés par la chaleur de l’asphalte. Ma mère me rappelait la nécessité de porter des sandales, mais je faisais la sourde oreille et continuait mes promenades et supportait mes petites souffrances.

D’autres souvenirs de parties de cache-cache, de jeu de chat et de souris, de chat-perché ou de de tide, variante traduite littéralement par chat congelé. D’une partie à l’autre, les règles se réinventaient au gré de notre imaginaire. Tantôt, il fallait se glisser par terre et ramper entre les jambes des joueurs figés pour les libérer de leur état de momification ou de statue, car ils avaient été touchés par le prédateur, personne dont la tâche consistait à figer tout le monde pour gagner la partie. Ou encore les personnes qui avaient été touchées devenaient à leur tour des prédateurs. C’était alors plus terrifiant, un peu comme si des Zombies voulaient nous attraper pour nous transformer comme eux! Encore, à plusieurs joueurs, on pouvait encercler le prédateur et l’exciter, le taquiner pour qu’il nous attrape, pendant que quelqu’un d’autre allait délivrer un joueur figer. Un contre tous devenait tous contre un. Ainsi de suite, jusqu’à ce que le prédateur se fâche parce qu’il ne gagnait jamais sauf s’il était plus vieux et plus rapide et qu’il jouait avec de plus jeunes enfants du village. Ce qui arrivait à certaines occasions. Dans la cour d’école primaire, derrière le bâtiment paroissial de l’Organisation des terrains de jeux (O.T.J.) du village des jeux regroupant tous les jeunes, enfants et jeunesses, pour festoyer autour d’activités ludiques pour tous.

J’aimais jouer aux indiens et au cow-boy, j’aimais prendre des gageures.

  • Combien tu gages que je peux me mettre toutes les gommes d’un paquet de bubble gum Bazooka au raisin dans ma bouche et faire une balloune?

Et hop, je déballe – une, deux, trois, quatre, cinq morceaux de gomme d’environ un pouce par un demi-pouce dans ma petite bouche de gamine. Je mâche, je mâche, je salive, j’avale la salive, je mâche et je mâche. Je rigole mi-figue mi-raisin, je vais gagner et recevoir les 50 sous gagés – je suis la meilleure et hop une balloune! Enorme, odorante, collante! Dany la crève avec son index et me remet les deux vingt-cinq cennes et nous recommençons notre jeu favori – la cachette dans la cours d’école de mon village. Dany est venu visiter ses grands-parents pour les vacances de la Saint-Jean en juin juste après la fin de l’année scolaire. Un jeune blond de 11 ans aux yeux vert-bouteille-de-seven-up qui m’a donné mon premier baiser alors qu’on jouait à la cachette barbecue. Après la bulle de gomme au raisin, on est partis se cacher et s’il me trouve il m’embrasse, et si je le trouve je me cache à nouveau! Quelle idée! J’avais la trouille de me laisser trouver, aussi je me dépêchais à le trouver en premier, jusqu’à ce qu’il me surprenne – mon odeur de gomme balloune au raisin m’avait devancée et il m’a trouvé avant que j’ai pu disparaître, il s’est faufiler avec moi dans ma cachette et m’a donné mon premier baiser à la saveur de gomme balloune au raisin 🙂

(Partie II à suivre)

The false promise

May 4th 2015

Art's way of relaxing
Art’s way of relaxing

Before

I had been hoping mother would be travelling with my elder sister when driving back from Murès to Villemarie. My sister Joe had sat mother for the last 7 days in order to give a rest to Julienne since she is the only one able to watch over mother. As i say i was hoping mother would come to Villemarie and i would have fetch her there during last week end. It seemed all perfect for a plan, except that Mom was terrified at the idea of leaving her cats and dog by themselves. Of course, we mentioned her that either Julienne or brother Hebert. could go feed them, but she was just uneasy with the idea, not to say rude. I have called my mom at least 3 times, since three weeks ago, while my brother Luis was there sitting her too, and then at least 4 times last week when it was Joe’s turn. Those last 4 times, we used Skype to communicate. On the phone, mother seemed fine, her tone was happy even though she would keep asking the same question over and over again. But on the visual screen, as she watch me, i keep wondering what she is thinking about, because she is not talking. She just watch me without saying nothing. When Joe is there, i talk with her, mom is beside and then she suddenly disappears out of the screen surface or frame. I asked sister Joe where mother went and her answer is pretty much always the same. She went after her dog or her cats. This is systematically the same affirmation mother does also.

– I have no more cats. All my cats are gone.

And we keep telling her that she has her three cats and that they are just hiding or sleeping somewhere. But she still goes in and out of the house, going upstairs, in the basement, in the garden, repeating the same gesture dozens of time per day.

When mother was brought to the Hospital for her mental evaluation 4 years ago, it became a period of high tension in the whole brother and sisterhood. My brother Hébert, who had been living with her most of his life, had decided to throw away lots of stuff in the house complaining about the fact that there was an epidemic of vermin and flees. So he threw every pieces of furniture of mom’s bedroom and living room, even carpets. And of course we believed him. Father mentioned to me later on that as brother Hébert was cleaning up things, he found out a dead baby cat mummified in a pile of clothes mother had just left there and was used as cats bed. When father was telling that story he seemed to be telling me that this did not made sense and that mother was going crazy with her cats, like how could she have left a dead stinky baby cat there? Well, at some points, there was more than 12 cats in the house and many of the females were pregnant in the summer of 2011. The smell of ammonia and cats excrement was floating in the air of the whole house. Especially upstairs. We discovered later on that the room i have been sleeping in when visiting had dried cat’s poo  hidden under the furniture, not to talk about all the piss that must have also been drying there for decades. No wonder why i became intolerant to this smell now.  I went there in July of that year 2011 in order to meet with Joe and do some cleaning of the house after the  »emptying »  Hébert had done. The girls would clean the whole mess up, of course. That is what women i there for, cleaning after men… But the plan changed because mom arrived in a taxi directly from my Uncle’s city where Luis and Joe had placed her in May 2011 to live with Uncle Clincey after mom was out of the hospital. This was like a choc for the two of us, me and Joe, since this was the last thing we were expecting. I can just imagine the state my mother was in. Crazy mom who paid her drive 250$ to free herself from a situation she was not comfortable with. Not bad a decision for someone with Alzheimer. Overall, that summer was a very difficult one. Hard to recall those painful memories. Many thing happened that i will write in some other Blog entries later on.

So, like i was saying, i had hope that mother was going to be able to travel up to Villamarie then to Bytown, but i was just giving myself some illusions. When talking on Skype with mother last week and asking her how she felt about the possibility of coming to Bytown, she did not really say no, but was worried about the animals. In fact, what i saw was a woman with not much reactions and not being able to focus on the screen. This was my last hope. Then Joe, in one of the last face-talked we had, said that mother was probably not going to travel because it would disrupt her routine and environment and she would possibly become worried and stressed. So instead, i am the one who will be travelling to sit her but for less days that was first planned. I will go next week for 4 days.

A false promise of freedom to mother who used to love to drive along the roads from one village to the other.

Le goût de ma langue

ou Un français mal barré

Lorsque je fais un tour à Montréal ou dans une autre ville où l’on parle français, rien ne m’amuse plus que d’écouter les gens parler et d’analyser la qualité de la langue utilisée : « Ouan, m’as ty’y dire la prochaine fois de farmer sa yeule, ostie qui m’énarve s’ti-là! – Ben sur, crisses-y dont la paix avec tes cochonneries, c’est clair qu’a veut pu te woir la face!- As-tu vu ça ostic? c’t’écœurant! »
Un bel exercice de phonétique pour qui utilise le français comme langue seconde.  D’ailleurs, il ne faut pas s’étonner de voir peu d’anglophones utiliser davantage la langue de Molière! En fait, ils apprennent un registre de français standard alors que peu ou pas de Québécois savent l’utiliser puisqu’ils préfèrent le français populaire ou familier. Un français davantage châtié, malmené, mal barré.

Le 8 octobre 2014, lors d’une émission à la Radio de Ici Radio-Canada, j’entendais M. Gérard Bouchard parlé de son nouveau livre sur le mythe de l’identité. J’appréciais particulièrement son commentaire expliquant que les Québécois, par rapport au mythe de la langue, sont réfractaires à l’idée de critiquer la qualité de la langue -(voir http://ici.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7174853) – Je me disais : « Tiens, enfin, une personne connue et reconnue qui parle sur la place publique de ce sujet tabou ! » À part Mme Bombardier, oui oui, Denise de son prénom, qui en a parlé à plusieurs occasions à l’émission de René Homier-Roy sur les ondes de Radio-Canada, c’est un sujet dont on n’entend pas parler dans les médias. Pourtant, tant les francophones du Québec que ceux qui habitent en contexte minoritaire dans le ROC (Rest of Canada) en bénéficieraient.

J’enseigne le français depuis 20 ans au postsecondaire : selon mon milieu de travail, mes étudiants ont été Canadiens anglophones, Malawites, Franco-Ontariens, Québécois, Acadiens. Immigrants de différents pays. Parmi tous ces apprenants adultes, le constat le plus surprenant de mon expérience d’enseignante se résume ainsi : ceux qui semblent le moins aimer apprendre à mieux connaître la langue française sont ceux, jeunes adultes, qui l’ont comme langue maternelle. Je comprends mal pourquoi les francophones du Canada – minorité et majorité incluse – refusent de parler un français de qualité en utilisant les mots correctes. Peut-être que les données récentes sur la littératie et la numératie au Canada donne un éclairage à ce paradoxe : l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA), indique que 49 % des Québécois, âgés de 16 à 65 ans, ont des difficultés de lecture. Parmi ceux-ci, 800 000 adultes sont analphabètes (Fondation pour l’alphabétisation, 2014).

L’esprit animiste

Il y a deux mois, pour m’encourager et m’aider à terminer ma thèse de doctorat en éducation, une amie m’a offert une paire de boucles d’oreilles en guise de gri-gri. Ensemble, nous avons fait une incantation (paroles intenses et prières symboliques de courte durée) avec le dit présent et diriger toute notre énergie positive vers cette délicate parure africaine afin de s’assurer de la magie de l’objet et des effets bénéfiques qu’il me procurerait.  »Qu’est-ce qu’un gri-gri? » pouvez-vous vous demander! Et bien, il s’agit d’une amulette, aussi appelée talisman par les adeptes de la pratique de l’astrologie, contenant quelques  »ingrédients » spéciaux et qui sert à protéger des mauvais esprits la personne à qui l’objet est dédié. La personne porte le talisman sur elle lorsqu’elle a besoin de sa protection.
Maintenant, chaque fois que j’agis en lien avec la thèse et mes études doctorales, je porte les boucles d’oreilles et prie qu’elles m’apporte la chance, la force, la persévérance et le savoir dont j’ai besoin pour atteindre mon objectif. J’y crois surtout, en m’y accrochant telle une personne qui y entrevoit sa dernière occasion de réaliser son désir.

Je ne suis pourtant pas, habituellement, une personne portée vers ce genre de croyance. Au contraire, je tends plutôt à me tenir loin de tout organisme ou individu qui veut me convaincre d’entrer dans son  »club » ou me mener vers une ligne de pensée toute forgée, pré-mâchée. Mais cette fois-ci, il ne s’agit que de l’objet et moi. Et de mon doctorat à compléter. Mon esprit animiste est utilisé ici sous sa forme la plus simple et uniforme : une femme, ses grigris à l’oreille et dans l’autre monde, celui en devenir, sa thèse de doctorat à rédiger.

Keeping French « Bien vivant » in canada

Keeping French « Bien vivant » in canada

Lynnda is a “migrant” from a tiny village, St. Clément, near Rivière du Loup in Quebec who I became friends with in the mid-90s. What her story to try to keep french alived in Ottawa and Ontario. (From Elizabeth Smith, Journalist and Communicator specialist in International Development)

‘’Les maux de g…

‘’Les maux de grammaire se soignent par la grammaire, les fautes d’orthographe par l’exercice de l’orthographe, la peur de lire par la lecture, celle de ne pas comprendre par l’immersion dans le texte.’’ (Daniel Pennac, Chagrin d’école, 2007)

La route vers soi

(exemple de slam pour étudiants cohortes 2017)
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Mode action : Étudier, travailler, manger, dormir, aimer, rouler en voiture dans le désert du Sahara, voyager au-delà des frontières de soi et découvrir l’autre.

Lieux, Études et travail – École primaire à Saint-Clément, écoles secondaires sainte-Marie à Saint-Jean- de-Dieu, Arc-en-ciel à Trois-Pistoles, école de rattrapage, Cégep : La Pocatière, Trois-Rivières, Universités du Québec à Montréal, à Trois-Rivières, à Rimouski, Université d’Ottawa, Éducation des adultes, Université Western à Trois-Pistoles, Lire la suite « La route vers soi »

Les aidants naturels

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Je suis née dans une famille dont la mère avait un don. Celui d’aidante naturelle. C’est un don familial, je crois. On dit de ma mère qu’elle était toujours prête à aider son prochain en autant que ce n’était pas un voisin revanchard. Mes grand-parents maternels, Antoine et Adrienne étaient aussi de cette trempe d’individus altruistes, généreux, vaillants, sages. Ils lui ont passé ce don de même qu’à certains des autres enfants.

Selon la définition de Santé-Médecine, l’aidant naturel apporte de l’assistance à un individu en perte d’autonomie ou qui a besoin de soins. Celui ou celle qui agit comme aidant naturel peut aussi être nommé aidant familial et peut-être de la famille ou non. Ces personnes sont d’une grande importance dans le suivi médical, et également au niveau psychologique pour la personne en perte d’autonomie qui réclame une grande attention.

Depuis l’été 2011, plusieurs personnes sont entrées dans la vie de ma mère comme aidants naturels.

Ma soeur B. a hébergé maman pour l’été 2011. Une période d’ajustement, de décès aussi de mon beau-frère quelques mois plus tard.

Puis trois des premières personnes qui sont venues à la rescousse pour agir comme compagnons « surveillants » et assurer une vigie sur ses allées et venues, sa sécurité, sa prise de médicaments et sa santé mentale sont désormais passées de l’autre côté du rideau de la vie.

Deux d’entre elles sont décédées du cancer des poumons, 2013 puis 2015; elles étaient fumeuses et dieu sait que ma mère a sûrement fumé autant de fumée secondaire pendant qu’elles ont pu boucané leur fumée primaire. Ces sympathiques femmes, Lizette et Céline, ont été généreuses de leur temps et de leur aide. Nous, les enfants, avions besoin d’elles pendant que nous vaquions à nos besoins de travailleurs en ville. Elles étaient toujours disponibles pour faire chanter maman, lui faire écouter de la musique, conter une blague ou lui faire un tour en voiture en allant visiter une cousine ou une sœur dans le village voisin. L’autre personne, Oncle V., est le frère de maman. Lui aussi est décédé : 2015. C’est chez lui que maman est allée à sa sortie de l’hôpital après l’évaluation médicale qui lui a donné le verdict de maladie dégénérative de l’Alzheimer. Oncle V. était un homme habile de ses mains et intelligent comme pas un, généreux et il avait toute sa tête pour raisonner, penser, créer. Touché depuis le début de l’âge adulte par l’Ataxie, il a vu tranquillement son corps, au fil des années, se transformer et lui désobéir jusqu’à n’en faire qu’à sa tête et à la non-coordination de ses membres. Il a fini ses jours en chaise roulante.

Que Dieu veille sur leurs âmes.

L’année 2016, c’est Juliette et Élisabeth qui ont pris la relève. Une année difficile pour ma pauvre maman qui a perdu du poids et dépéri. Elle ne mangeait pas a sa faim ni ne s’alimentait correctement. Elle devait compter sur les décisions des personnes qui assuraient la surveillance chez-elle pour s’alimenter. Mais ce temps est fini. Ma mère a survécu. Différents services d’aide au logis et des services du centre local de santé communautaire (CLSC) ont également été mis en place durant toutes ces années. Une autre de mes soeurs, l’ainée, a assuré la gestion de ce manège qui tournait presque rondement pendant quelques années. Elle aussi proche-aidante naturelle.

C’est maintenant mon frère ainé qui s’occupe d’elle. Il a tout laissé de la ville de Longueuil, amis, travail, amours, passe-temps, appartement, pour aller  s’installer au village natal avec elle. Il est un proche aidant. Lui aussi a reçu ce don d’aidant naturel. Il préfère dévouer sa vie à aider notre mère plutôt que de la reconduire dans un centre pour personne en perte d’autonomie et souffrant d’Alzheimer. « Tant qu’elle pourra vivre chez-elle, c’est mieux pour elle, c’est ce qu’elle veut. » Depuis juillet 2016, maman a gagné 14 kilos, elle va mieux et sort en voiture tous les jours. Elle est plus heureuse, c’est certain. Lui aussi aura besoin de vacances et de temps de répits. Je passerai quelques semaines encore cet été avec maman pour donner congé à mon frère. L’été dernier, quand je suis descendue durant trois semaines pour préparer le jardin avec elle et lui changer les idées en sortant en voiture, j’ai découvert qu’elle adorait manger des gâteaux que nous préparions. J’ai également découvert que chaque fois que je laissais ma voiture stationnée devant la porte, elle me disait  :

  • Est-ce-que c’est à toi la voiture dorée devant la maison?
  • Oui maman, c’est la mienne!
  • Est-ce qu’on va prendre une ride?

C’est devenue sa ritournelle préférée.

Deux semaines passées, je lui parlais au téléphone et lui demandais si elle se souvenait du nom de ses enfants. Je voulais lui faire pratiquer sa mémoire, celle qui restait.
– Bien sûr, qu’elle m’a dit en commençant à nommer les trois premiers correctement dans l’ordre de leur naissance. Puis elle s’est arrêtée.
– Et les autres? lui ai-je demandé.
– Trois, j’en ai juste trois, c’est assez, a t-elle ajouté sans plus.
– Et les trois derniers? On ne compte pas? lui avais-je alors demandé, étonnée.
C’est alors qu’elle s’est fâchée et a commencé a parlé sur un ton dur et à insister que trois c’était suffisant.
Je n’ai pas osé la contredire ni même continuer la conversation. Je sentais qu’elle usait ce ton dure signifiant son mécontent que je connais quand même bien, alors je lui ai demandé de remettre le récepteur du téléphone à mon frère ainé à qui j’ai raconté ce qui s’était passé. Probablement qu’elle aurait une boutade pour encore quelques minutes et je voulais qu’il comprenne la situation en la lui expliquant.

La communication entre membres de la famille est également un maillon important pour les suivis et les décisions. Cependant, si nous avons reçu le don d’aidant naturel, il n’en a pas été de même avec celui de la communication. Nous avons beaucoup de travail a faire sur cette compétence. Je me demande si c’est la même chose dans les familles en général.

Si jamais, cher lecteur, vous désirez témoigner sur ce sujet (la communication) ou sur celui d’aidant naturel, veuillez m’envoyer vos commentaires sur cette page, il me fera plaisir de vous lire et d’échanger avec vous.

Je remercie ceux et celles qui s’abonnent à mon blogue!

 

SLAM – Courant de vie

 

         Une des activités que je fais avec mes étudiants ces temps-ci afin de les amener à jouer avec la langue, avec les mots et à exprimer à l’oral leur personnalité de manière originale et créative, se nomme le slam. Bien connue par les David Goudreault, Mehdi Hamdad et Grand corps malade de ce monde qui l’ont popularisé, il a aussi été soutenu par Slam Outaouais qui en est un des principaux moteurs dans la région d’Ottawa-Gatineau. J’ai donc donné pour consignes à mes jeunes adultes d’écrire un texte sur eux sous forme de slam qui va les présenter et faire connaitre certains traits personnels. J’ai aussi décidé de slamer ma vie et d’en écrire un pour eux que je partage avec vous, amie.s, lecteurs et lectrices de blogues.

Courant de vie (de L. Proulx)

 Tic tac tic tac, mon temps avance
à contre-courant
Tic tac tic tac, je me cache moi
derrière ma vague immense
Tic tac tic tac, OMMMMM

Mon heure vacille, une question de temps
Je risque mon sang à regarder ce qui me reste?
Suinter goutte à goutte ma chienne de vie?
Souiller mon corps en vie de ville?

Tic tac tic tac OMMMMMM

J’ouvre mes yeux, va t’en
Tête en l’air Tic tac tic tac
Je pense aux règles, ma mère, dimanche
Farme ta yueule! SHUT UP!

Tac-tic- tac-tic-tac OMMMMMM

L’heure s’écroule, je ferme ma bouche
J’éteins ma vision, mon vacarme tac-tic
Je me mets, moi, sous la manche
Étroite du mur étanche

Tac tic tac tic tac – cul de sac
Casse la muraille du murmure
Tombe le torrent de la tempête
Mord la poussière du vide

Tac-tic- tac-tic-tac OMMMMMM

Je cours vers ma vie, je me contracte
Ma ville sème sous silence
Des flocons d’ignorance crasse
De sa bouche le néant de ma langue
perle et déferle ses mots oubliés

Tic-tic- tac-tic-tac

***

          Pour ceux et celles qui l’ignorent, dans mon quotidien professionnel, je suis enseignante de français dans un établissement post-secondaire technique et à l’occasion, j’enseigne le slam. Mes étudiants ont au moins 17 ans, mais peuvent tout aussi bien en avoir 50. Cet établissement se situe dans un contexte particulier, celui d’être un collège de langue française dans une capitale canadienne où la majorité des résidents sont anglophones. Certains sont sûrement bilingues (44,8 %), d’autres francophiles, mais une majorité s’illustre par son unilinguisme endurci : 45, 5 % de la population de la région d’Ottawa – Gatineau parle seulement l’anglais et 8,6 %  parle seulement le français (Statistique Canada, 2012).

Ottawa, ma ville d’adoption depuis une bonne douzaine d’années  demeure toujours une ville officiellement unilingue de langue anglaise et ce sous la gouverne municipale du maire M. Jim Watson dont c’est le 2e mandat. Pourtant, elle est la capitale nationale d’un pays bilingue, le Canada. J’ignore encore ce que cette ville veut véhiculer comme image de marque au plan linguistique – j’ignore si un jour elle réajustera sa balance pour traiter la langue française d’égale à égale avec la langue anglaise.

En attendant, je prêche dans un désert la valeur d’un français bien écrit et l’amour de sa langue maternelle et je m’inquiète. C’est vrai, je me fais du soucis pour cette langue mal aimée. Je dis désert, car mes classes se vident au profit de cours en ligne (Internet) et d’examens de reconnaissance des acquis trop faciles à réussir. Je fais de mon mieux pour motiver mes troupes, celles qui demeurent fidèles et osent encore être ponctuelles et assidues. Ces jeunes vaillants qui osent encore parler le français avec la volonté de le perfectionner.

À ceux-là, je lève mon chapeau et je dis MERCI.

slam ma vie
slam ma vie

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Inch’allah

Vignoble du Château d'Émeringes vue du clos arrière
Vignoble du Château d’Émeringes vue du clos arrière

Les trois premiers mots que j’ai appris en arabe sont :  »Inch’allah »,   »A salem aléikoum » et  »Alekoum salem ». Ils m’ont ouvert bien des portes et évité des ennuis, sans aucun doute.

En 1992, je quittais Montréal pour me rendre en Europe pour la première fois.  Au début de ma vingtaine, j’avais la tête pleine de rêves et d’ambitions; ma curiosité et mon désir de découvrir le monde étaient géants. Ils me dépassaient de plusieurs têtes et je m’imaginais plus grande que moi-même. Ce premier voyage devait me conduire vers deux actions principales : aller faire les vendanges et aller faire un stage comme marionnettiste à Grenoble au théâtre des trois roses, rue Hector-Berlioz sur les bords de l’Isère, théâtre de marionnettes dirigé alors par André Peter.

Durant ce stage, j’étais supposée aller faire une tournée de spectacles dans les centres culturels français du Maroc et de l’Espagne. Un voyage de rêve pour une jeune femme en quête d’aventures et d’identité. Ce périple aura été une expérience initiatique en quelque sorte à ce que je suis devenue par la suite. Plusieurs histoires abracadabrantes me sont arrivées que je prendrais la peine de raconter en temps et lieu. Poursuivons avec celle-ci.

Mon arrivée à Grenoble avait été devancée de quelques semaines due aux modifications de voyage de la compagnie Air transat avec qui j’avais fait l’entente de voyage et de pré-organisation de placement pour les vendanges. Cette période mérite une histoire en soi que je vous raconterai plus tard, car toutes sortes d’anecdotes me sont arrivées aussi à ce moment-là. Je préfère pour l’instant m’attarder à ma vie sur le vignoble des grands crus du Château d’Émeringes, lieu où je suis finalement arrivée une semaine après être atterrit à Charles de Gaule et avoir pris le train vers Grenoble. Émeringes se trouve dans le département du Rhône. Alors que j’étais débarqué au centre de ce petit coin de pays pour y passer les prochaines trois ou quatre semaines, j’y ai rencontré d’autres vendangeurs, comme moi, venus d’un peu partout, Bretagne, Paris, Allemagne, Madagascar, Italie, Pologne, Tchécoslovaquie, Québec. Dès la gare de Mâcon, Pierre David, le propriétaire du vignoble, est venu cueillir une dizaine de vendangeurs et nous a conduit à son domaine du Château d’Émeringes. Il nous installait dans les dortoirs situés au deuxième étage de la salle de réfectoire, cette dernière serait le lieu des repas bien arrosés du soir et du midi, et du petit-déjeuné. Au fil des jours suivants, d’autres mains d’œuvre vont arriver, certains vont quitter.

Notre tâche de vendangeur allait consister quotidiennement à cueillir les raisins à l’aide d’un petit couteau de forme circulaire appelé serpette et d’avancer dans notre rang de vigne afin de remplir notre panier le plus rapidement possible. Un porteur venait ensuite ramasser notre panier pour le vider dans son panier d’osier plus grand qui lui, une fois plein, allait être vidé à son tour dans la grande cuve de métal. Le plus difficile, lors des premiers jours, a été de vivre avec les douleurs dorsales entraînées par les positions accroupies à maintenir tout en avançant dans les rangs. Il y avait aussi des contre-maîtres qui nous encourageaient à aller plus vite et nous  lançaient des défis. Personnellement, je sais que j’étais parmi les plus rapides et cela m’occasionnait certaines faveurs en variant mon ennuyeux travail de récolter des grappes. En effet, de temps à autre, les contre-maitres m’envoyaient dans la grande cuve de métal pour nettoyer et enlever les mauvais raisins. Ce travail nécessitait une certaine rapidité d’exécution, car les paniers pleins se déversaient à raison d’une dizaine de paniers la demi-heure.

C’est d’ailleurs lors de l’un de ces occasions que j’ai décidé de faire comme j’avais vu à la télévision. J’avais enlevé mes bottes et mes chaussettes, j’avais relevé le bas de mes pantalons et je piétinais les fruits rouges dans une allégresse digne de la scène de la belle blonde du film de Federico Fellini qui, ivre, se baigne dans la fontaine de Trevi. Mon délire dura le temps que l’un des contre-maîtres arrive et m’interdis cette manoeuvre car elle nuisait plutôt à la production du vin. J’ai passé le restant de l’avant-midi les pieds collés dans mes chaussettes à nettoyer les mauvais raisins des bons.

Pendant 17 jours, ni la pluie ni le soleil ardent ne m’empêchaient de marcher vers les vignes et d’en revenir fourbue, sale, maudissant le jour où j’avais décidé de venir travailler à la production de ce noble nectar.

À la pause, de l’avant-midi et celle de l’après-midi, nous avions droits à une collation : du chocolat noir, du vin dilué avec de l’eau et un peu de pain que l’on pouvait tremper dans notre boisson. À certaines occasions, c’était des victuailles de la veille, mais comme j’étais végétarienne à cette époque, je ne me souviens pas de ces mets, sans doute délicieux, de viande et de pâtés.

C’est lors de ces pauses que j’ai commencé à mieux connaître mes camarades de travail et nouer quelques nouvelles amitiés. Comme chacun avait son histoire, on voulait bien se la faire raconter et également se prêter au jeu de dire la sienne. C’est ainsi que j’ai appris mes premiers mots d’arabe.

Lors d’un échange avec le jeune Malgache, je lui racontais que je devais aller au Maroc faire cette tournée comme marionnettiste et lui demandais s’il avait des conseils à me donner. Sa première question a été de me demander avec qui j’allais là-bas, et ma réponse a été aussi rapide :  »je ne le sais pas encore, mais probablement avec le directeur de cette troupe de théâtre. » Il m’a dit,  »Inch’allah, j’espère que tout ira bien pour vous. »

C’était la première fois que j’entendais ce mot. Mon incompréhension pouvait se lire sur mon visage et cela lui a permis d’expliquer le sens de ce mot arabe.
–  »Inch’allah » ça signifie que Dieu est grand ou bien que ce qui doit être fait le soit selon la grâce de Dieu, m’expliqua mon camarade Malgache.
– Est-ce que vous êtes arabe vous aussi? lui avais-je demandé sans retenue. Son teint basané et sa tignasse noir de jais m’avaient fait croire ainsi et poser la question.
– Non, je viens de Madagascar, une île dans l’océan Indien.
– Pourquoi venir ici? Ce n’est pas difficile pour vous de voyager jusqu’ici?
– Je viens travailler et j’ai la nationalité française aussi, à cause de mes parents, car Madagascar avant l’indépendance était un territoire outre mer de la France.
– Ah bon, répondis-je sans trop d’enthousiasme. Indépendance, océan indien, territoire outre-mer, tout cela me laissait perplexe devant le peu de connaissances culturelles que je possédais. Et ce Inchallah, quand est-ce que je dois l’utiliser dans une conversation? m’empressais-je de lui demander à la recherche d’information pratico-pratique.
– Vous l’utiliser à la fin ou au début des phrases que vous dites, ça ouvre ou ça conclut vos discussions.

Le camarade malgache continua avec deux expressions essentielles que je pouvais utiliser lors des salutations locales pour respecter la culture. Je pouvais dire :  »A salem aléikoum » (bonsoir le salut est sur vous) lorsque je rencontrerais quelqu’un et je devais répondre  »alekoum salem » (bonsoir et sur vous le salut) lorsqu’on m’adressait des salutations.

Après quelques répétitions sous la supervision de mon compagnon de la prononciation de ces nouveaux sons dans ma gorge et la transcription dans mon carnet de voyage des mots aussitôt arrivée au réfectoire, je me sentais déjà mieux outillée pour aller traverser le Maroc en portant sur mon dos le castelet et les marionnettes du Théâtre des trois roses. Trois mots déclencheurs de connaissance qui m’ont ouvert sur la culture des autres.

J’ai traversé le Maroc de Tanger vers Tetouan, Oujda, Ouerzazate, Maraketch, Agadir, Essaouira, Safi, El Jadida, Casablanca, Rabat, Meknès, Fès et de retour à Tanger pour reprendre le traversier vers Alicante, Espagne. Le tout en camping 90 % du temps pendant trois semaines. Toute une aventure. Très souvent, je sortais de la tente le matin au son de cloches de chèvres en pâture et sous le regard, qui me semblait éberlué, d’un berger en djellaba brune et en sandales du pays.

En préparation du voyage vers le Maroc, moi et ma co-voyageuse somme arrêtées à Perpignan (France) question de faire des courses pour notre alimentation, nos effets sanitaires et autres détails de voyage. Lors de cet arrêt, j’étais en charge de faire les courses et j’étais à la recherche d’une grande surface pour y faire l’épicerie. J’ai rencontré sur mon chemin un vendeur de couteau aux cheveux blonds bouclés et aux yeux verts. Durant notre échange où il voulait me vendre un de ses fameux couteaux, je l’ai informé tout en refusant sa vente que je cherchais une épicerie et lui fit part de mon voyage au Maroc. Son sourire s’éclaira et il me glissa gentiment qu’il était lui-même d’origine marocaine et que sa famille y habitait encore. Je le saluai alors dans sa langue :  » Salem Aleikoum ». Il me répondit : Aleikoum Salem ». Sur ce, il me conduisit à l’épicerie, car c’était sur son chemin disait-il et cela lui faisait plaisir puisque je visitais son pays. Incha’allah, ce jeune homme a simplifié ma vie ce jour-là, mais aussi un peu plus tard durant mon séjour dans ce merveilleux pays. Cette rencontre vaut un billet en soit, alors je m’arrête pour l’instant ici.

Vous chers lecteurs, avez-vous déjà visité le Maroc? Ou d’autres pays du Maghreb?
J’attends vos commentaires qu’il me fait toujours plaisir de lire.

 

Fêtes 2015

noel sans visage2015J’ai téléphoné Mère la semaine dernière, quelques jours avant Noël. Tout allait bien dans notre conversation où je lui racontais comment se passait ma fin de semestre au travail avec les corrections, les réunions d’évaluation des notes finales des étudiants et la préparation pour le prochain semestre. Elle écoutait sagement mes lamentations de professeur, puis après quelques instants de silence de sa part et où je lui demande si elle est encore là, elle me demanda, « est-ce que tu enseignes encore? » Tristement, je lui réponds que bien sûr, j’enseignais encore et que tout allait bien de ce côté-là. Comme j’allais raccrocher et lui offrir mes salutations finales, elle me posa une drôle de question. Lire la suite « Fêtes 2015 »

Alzheimer

April 4th, 2015
Holy Saturday

I just called Mother for a little chat and see if by any chance I could get some information on Louise, one of her guardian, friend and neighbour who has been admitted to hospital a week ago. She has full-blown cancer and six months to live. When I saw mother could not say any more last news about her friend, I decided not to ask any more question about the topic, even to the other guardian of Mother, Julienne, because a couple of days ago when I talked to her on the phone, she was crying as I was trying to start the conversation about that subject in order to know what was happening.
Mother needs guardians at home to supervise her as she does not always remember many things from one minute to the other one. She has Alzheimer. It all started fours years ago, with one of my brother and sister-in-law deciding to get mother in a Psychiatric department of the Hospital in Wolfe River for a mental health evaluation (MHE). In my opinion, she has probably been living with that disease for a while. I would say it started at least ten years ago when she started to adopt cats.

As we started the phone conversation, I asked her if she knew who was talking to her. She answered the phone herself and was quite enthusiastic, not being surprise to hear me and talking like we were very good friends. She said,  Yes of course I know who you are, you are my daughter. I was happy that she could still remember my voice and my name. I asked her how she was today on this special day of Easter. She was then surprise to hear that April had already made it and asked me to hold on a minute as she goes to the wall where the calendar is officially pined and turned the page from March to April.

– And which day are we?
– Saturday the forth, Mother.
– The Forth, already?
– Yes, and Easters is tomorrow, do i confirm her altogether.
– Easters, Easters, yes, Easters.

She then changed subject and started talking about one of her cat that is similar to some other one.

Art meditating
Art meditating

Mother love cats. She used to have more than a dozen of them. Her house was some kind of a Cat rescue resource, but instead of giving them away, she was caring for them. This is my Mother’s life story : caring for others, may it be cats or human beings. From my point of view, the cats stories is linked with the beginning of her memory lost and Alzheimer.  She was adopting any cats coming her way. Even people from other villages around were dropping cats in front of mother’s house, knowing she would care for them. At the end, She had cats all over the house and could not maintain the cleanliness of where she was living. The smell of cats’ excrement was more than I could support myself and she started getting mad at me because I was complaining about it arguing that is was bad for my health as much as for hers. To revenge herself, mother was insulting me by saying that because I was living in the city, I had become some kind of a Princess – know – it – all, and that her, because she was an old  poor woman who had been growing up in a pig house, would always be living in one. She was exaggerating in order to hurt me because I had somehow hurt her. This is the mean mother, but she is not always like that. This is around in 2002.

So after that, my visits to her became scarcely. Every time I would try to go and get some good moments with her, trying to help her because she was complaining about the fact that she needed help with washing her kitchen and getting right of all the old clothes she had, it would end up in fights and arguing about her not willing to let me do what she first asked me come for : helping her to clean her house. If i was not arguing with her, it would be with my brother who had been living with her most of his life. Because of all this, had I plan to stay for a week visit would be cut short for a two days one.

Today, she was insisting on telling me on the phone that she had a picture of a cat sticking on the fridge and that she had one just like that. When i asked her which cat it was, she could not tell. This is when I can tell that things are not going to well on her side. She has now three cats that she cherishes more that her own kids and grand kids. She loves them and gets upset if one of them goes outside of her house. So I asked her to describe me the picture of the cat she was seeing in order to see how were her perceptions of the picture and if she was going to be able to do it. I also wanted to know which cat she was talking about. So i asked her to describe the image she was seeing.
– It has a black line on its back and some black stripes on the sides as well, she says.
– Ok and what is the other colour that is not black?, was I asking her.
– Gray, it’s all Gray with black stripes.
– I see mother, so what is the name of that cat? i kept asking her.
– I don’t remember,  no more emotion than the fact that she just did not remember.
– Ok, so how many cats do you have? Have I continued.
But she keeps silent for a while, which i interpreted for « i don’t know ». I gave her the answer and started with some kind of a clue game to help her.

– So you have three cats, one of the cat has not tail, and its name start with A.

– Art! That’s Art, yes, he has no tail and likes to play all the time.
– Very good, yes that’s it. Another one’s name starts with C. it is a female cat with three colours : white with spots of black and orange. Mother kept silent once more. I add some other clues. Its name starts with a C + and o. I realized she might not be able to remember the sound of those two letters together so i say,« C +o is  Co »…
As soon as i say the sound syllable /ko/ she kept moving with the whole name :  « Cocotte  » said Mother.
– Yes, I repeated, yes it is Cocotte. I was happy she did remember this one too.
– Now what is the name of your third cat? It starts with V add i and r – it sounds like Vir…!
– Virule? Julienne in the background repeated loudly « Virgule » but mother did not hear it and she kept repeating over and over « Virule, Virule ».
– Almost, its name is Virgule, I told her. Now, this picture you have on your fridge, which cat looks like it?
– Virgule, she says, he is a big gray cat with black stripes and a long tail.
– Great Mother, you did good!

I ended the call soon after pretty happy of myself and of my Mother’s memory.

However, when i told that story to brother Luis, he said he was the one who had brought the article about obese cats and put in on the fridge, but the picture looked like Art, not Virgule.

Keep trying Mother. The exercise was worth it. It made me happy and is part of good memories I am keeping of us and of our conversations. I am actually writing these blog entries in order to remember her, us, the stories of our family. Because I know this is a life with fast pace and I am holding to those last years like only written words can.