L’intelligence collective au service des réseaux sociaux

Par Lynnda Proulx
Récipiendaire du 2e prix d’essai littéraire
Concours Jean-Robert Gauthier
Défi 2011-2012

C’est en interagissant que l’on se construit
une culture commune, une identité,
une langue commune.

Dalley, 2008

 

Plus les membres des différentes communautés francophones[1] interagissent entre eux, plus ils se connaissent et mieux ils se comprennent! Si c’est le but que veulent atteindre les gouvernements et les différentes composantes de la société civile, alors les outils des médias sociaux sont essentiels pour arriver à créer ces réseaux sociaux!

Contrairement à ceux qui croient que l’Internet et les réseaux sociaux déshumanisent les liens sociaux et creusent un gouffre entre les branchés et les non branchés[2], je suis partisane du discours optimiste de son utilisation. Ce discours suppose que les communautés virtuelles, les utilisateurs internautes et les friands de technologie intelligente participent, à différents niveaux et à travers différentes couches sociales, à la confection d’un tissu collectif et font preuve de créativité sociale qui encourage l’interaction et la mobilisation. Ainsi, parce que les médias sociaux utilisent l’intelligence collective dans un esprit de collaboration en ligne et que l’accès à des applications ou des interfaces telles que Wikipédia, Twitter, Facebook, YouTube est peu couteux et relativement flexible, il serait possible de créer une francophonie canadienne qui ne craint pas ses différences culturelles et ses variations linguistiques. Il serait possible de créer une unité francophone canadienne qui se sente forte dans son identité et valorise sa parlure colorée d’où qu’elle provienne! Sur la toile, plus de frontières! La proximité physique n’est plus une condition sine qua non pour entrer en communication avec l’Autre. Au lieu d’isoler la personne, l’Internet, avec ses réseaux sociaux, multiplie les rencontres et les communications entre les individus sans enlever les rencontres quotidiennes face à face ou les contacts par téléphone. N’est-ce pas d’ailleurs pour cela que de vrais mouvements sociaux se sont mis en branle? La mobilisation des peuples arabes en est un exemple. Les gouvernements des pays où les sociétés civiles se sont révoltées ont même bloqué l’accès à certains sites comme Facebook, mais les populations civiles, à l’aide des hackers, ont trouvé d’autres moyens technologiques de les contourner et ont continué à montrer au monde entier ce qui se passait dans leur pays parce qu’ils ont filmé, pris des photos et publié leur production sur YouTube ou Facebook. Le secret de cette réussite passe par la capacité collective à mobiliser chaque individu.

En ce moment, au Canada, la vie francophone donne plutôt l’impression d’être morcelée. Tantôt une ville bilingue qui cache le français dans ses fonds de tiroir et qu’on va sortir seulement s’il reste de l’argent pour l’afficher[3], tantôt des mobilisations de dialogues entre organismes pour s’ouvrir à l’arrivée d’immigrants qui viennent bouleverser l’identité et les valeurs d’une francophonie sur ses gardes pour cause d’insécurité[4]. Les médias sociaux se présentent comme une belle solution pour agir comme ciment social et réunir les fragments épars de la francophonie canadienne. Ils permettent à tous de s’exprimer et de sentir qu’ils font partie de cette collectivité.

Sur les sites Internet des différentes composantes de la société civile et des gouvernements du Canada, pourquoi ne pas encourager les utilisateurs francophones et francophiles à produire et publier des vidéos, des photos pour donner une image à cette francophonie qui vient de tous les horizons! Il importe d’encourager la production de textes et la mise en commun d’idées vers la création d’une toile collective, mais également de promouvoir la libre expression. Par exemple, il pourrait y avoir sur tous les sites des gouvernements et des députés des différents partis au pouvoir un hyperlien qui permettrait aux citoyens de déposer des commentaires, car visiter un lien est une chose, laisser une empreinte qu’on y est passé en est une autre! De plus, cette manière de communiquer donnerait accès directement à la pensée citoyenne de toutes les couches sociales sans avoir à passer par différents intermédiaires. La multiplication de blogueurs hébergés sur les sites des organismes et institutions francophones est un autre exemple qui permettrait de varier les points de vue et dynamiser les échanges sur les forums de discussions. Les balados, les flux RSS à suivre, seraient également des espaces virtuels qui permettraient de faire connaître la francophonie à l’heure du jour et d’en diversifier les produits. Même si cela existe peut-être déjà, les blogues, les forums de discussion, les MySpace ne sont pas suffisamment promus et connus! D’ailleurs, un rapide coup d’œil sur le site de Wikipédia[5] me fait découvrir que bien que le terme « canadien-français » existe, il n’existe encore aucune entrée pour celui de « francophonie canadienne ». Peut-être que l’on pourrait commencer par là puisque l’encyclopédie Wikipédia est un des sites les plus fréquentés par les internautes?

Voilà pour les réseaux sociaux mis au service des communautés francophones et des gouvernements du pays… maintenant, le comment utiliser les réseaux sociaux dépend beaucoup du but derrière la volonté de les créer ou d’y participer. Il faut comprendre que leur utilisation n’est pas qu’une entrée dans le monde virtuel des internautes : réagir, clavarder, consulter un site, chercher des informations, visionner une vidéo sur YouTube, Skyper, Twitter, Facebooker, Orkuter, demande du temps réel pour organiser les informations afin de les mettre en ligne et de les rendre accessibles sur les réseaux sociaux! Et cela demande un peu, beaucoup, énormément de temps! Du temps réel où quelqu’un est assis devant son écran de portable ou de téléphone intelligent pour créer tout cela! Et que dire du temps réel nécessaire pour répondre aux personnes qui veulent intervenir, interagir, faire des commentaires et vouloir recevoir des réponses? Car qui dit émettre un message sous-entend aussi y répondre — puisque sans l’un ou l’autre, il n’y a pas de communication, pas de message reçu ou transmis. Qui sera responsable de gérer, de coordonner tout cela? Pour répondre à cette question, la meilleure réplique que je peux donner est la suivante : il faut penser à l’embauche de responsables de communautés, d’éditeurs de médias sociaux ou de journalistes-développeurs pour gérer la production de tout ce réseautage social virtuel. Les réseaux sociaux ont plus d’avenir avec eux à la barre! Ils sont formés, ont de l’expérience et permettront d’économiser non seulement du temps mais de l’argent!

Liste de références

Citoyenneté et immigration Canada – Comité directeur. (2006). Plan stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire. Citoyenneté et immigration Canada.

Dalley, P. (2008). Principes sociolinguistiques pour l’encadrement pédagogique, 281-300. Dans Phyllis Dalley et Sylvie Roy (dir). Francophonie, minorités et pédagogie. Ottawa, ON : Presses de l’Université d’Ottawa.

Faculté d’Éducation de l’Université d’Ottawa. (2009). École et Faculté, Dialogue. Université d’Ottawa.

Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). (1999).Dialogue. (page consultée le 10 janvier 2012), http://www.fcfa.ca/fr/Bibliotheque
De_La_Fcfa_Sections_33/Immigration_Et_Diversite_Culturelle_88

Fraser, G. (2011). Ottawa, ville bilingue? (page consultée le 27 janvier 2012), http://www.ocol-clo.gc.ca/html/speech_discours_03112011_f.php

Laflamme S.et S. Lafortune. (2006). Utilisation d’Internet et relations sociales. Biblid 0382-73, p. 97-128.

Wikipédia, l’encyclopédie libre. (2012). Page d’accueil. (page consultée le 29 janvier 2012), http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Accueil_principal

___________________
Notes

[1] La définition de « communautés francophones » est prise dans le sens de celle donnée par les auteurs du Plan stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire, représenté par le Comité directeur de Citoyenneté et immigration Canada, 2006, p. 2. Elle englobe ainsi toutes les forces vives de la société civile qui contribuent à l’enracinement et à l’épanouissement de la francophonie en situation minoritaire.

[2] Simon Laflamme et Sylvie Lafortune. (2006). Utilisation d’Internet et relations sociales. Biblid 0382-73, p. 97-128.

[3]Graham Fraser. (2011). Ottawa, ville bilingue? (Page consultée le 27 janvier 2012), http://www.ocol-clo.gc.ca/html/speech_discours_03112011_f.php

[4] Faculté d’Éducation de l’Université d’Ottawa. (2009). École et Faculté, Dialogue. Université d’Ottawa. Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). (1999).Dialogue. (page consultée le 10 janvier 2012), http://www.fcfa.ca/fr/Bibliotheque_De_La_Fcfa_Sections_33/Immigration_Et_Diversite_Culturelle_88

[5] Wikipédia, l’encyclopédie libre. (2012). Page d’accueil. (page consultée le 29 janvier 2012), http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Accueil_principal

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